
Il est jeune, commis boucher, porteur. Il transporte sur ses épaules des quartiers de viande dont le poids semble disproportionné par rapport à son âge. Son visage apparaît entre les carcasses. Il sourit. C’est ce sourire qui me touche, parce qu’il ne dit rien de la fatigue, rien de la difficulté, rien de ce que représente réellement cette charge.
La photographie a été prise pendant le ramadan. Depuis le lever du jour, ce jeune garçon ne mange pas, ne boit pas. Pourtant, il porte de la viande dans les rues du Caire, au milieu d’une ville où chacun attend le coucher du soleil pour rompre le jeûne.
La viande est une denrée recherchée, chère, souvent inaccessible aux familles modestes. Pendant le ramadan, sa présence sur la table de l’iftar prend une importance particulière. Elle marque le repas, la fête, le partage. Elle rappelle aussi les différences entre ceux qui peuvent se l’offrir et ceux qui devront se contenter de pain, de riz ou de lentilles.
C’est aussi l’aliment pour lequel la question du halal se pose directement : l’animal doit avoir été abattu selon les prescriptions religieuses. La viande appartient ainsi au rituel autant qu’au repas.
Ce garçon porte donc, pendant qu’il jeûne, une nourriture qu’il ne pourra peut-être pas manger lorsqu’il sera enfin autorisé à le faire. Il la transporte pour d’autres, vers des tables où il ne sera pas invité.
Son visage apparaît au milieu de ce qu’il porte. Il sourit encore. Il est au plus près de ce qui lui manque.









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